Essai Moto-Guzzi Bellagio 940
Avec la California, la Nevada et la Bellagio, Moto Guzzi est le plus « américano » des constructeurs italiens. C'est vrai qu'il existe un lien particulier entre l'Italie et les USA, dont les fameux westerns spaghetti. Et si Sergio Leone ne s'est pas démonté face à Hollywood, Guzzi n'a pas non plus à rougir devant les twins culbutés de Milwaukee. Sa Bellagio est une moto aussi jolie à regarder que saisissante à conduire. Explication...
Le nom de Bellagio ne renvoie pas aux casinos de Las Vegas mais à une petite commune, située non loin du berceau de Moto Guzzi. La Lombardie offre son lot de panoramas à découvrir museau au vent, mais aussi des petites routes tortueuses propres au bonheur de tout motard. À point nommé donc puisque cette 940 distille du plaisir dans chacune de ces situations.
Joli coup de crayon de Luca Scopel Indéniablement, la Bellagio est une réussite esthétique, grâce à une ligne volontairement basse et musclée. Elle marie un style classique à des lignes plus contemporaines, voir même un brin sportives. Les volumes importants du moteur donnent l'impression que la moto a été construite autour du bicylindre transversal. Ce dernier est coiffé d'un généreux réservoir (19 L) arborant une peinture blanche et grise, bien plus élégante que le noir mat précédemment proposé. L'arrière en impose davantage, grâce à son gros gommard de 180 chaussé sur une magnifique jante à rayon aux bords polis. Puis les deux énormes collecteurs qui se rejoignent côté gauche à travers deux silencieux parfaitement rectilignes enfoncent le clou en termes de charisme. Clairement, ça envoie, surtout quand les silencieux se mettent à chanter leur sauce Ténor de rue ! De l'autre côté, le monobras intégrant le cardan se fait plus discret sous sa robe noire. La faible hauteur de selle et les dimensions globalement imposantes lui donne des airs de Dragster. Un trait largement appuyé par son guidon plat revenant exagérément vers le pilote. Bref, nous avons bien affaire à un cruiser, doté d'un charme saisissant qui fait tourner les têtes. D'autant que la finition est vraiment impeccable sous toutes les coutures. À noter que les jolies jantes à rayon Excel permettent de chausser des pneus tubeless, un détail appréciable en cas de crevaison.
Trouver ses marques Une fois chevauché, on profite de la hauteur de selle raisonnable pour se rassurer à la prise en main et stabiliser les 224 kg à sec à l'arrêt. Les pieds tombent en aplomb de la selle et sont légèrement reculés. La proximité des cylindres près des genoux n'est pas gênante, malgré ce que l'on pourrait croire. Il suffit de tendre les bras pour attraper le grand guidon, tout en gardant le buste légèrement en avant. La position est confortable et naturelle, le moelleux de l'épaisse selle et ses dimensions généreuses procurent une assise très confortable. Seul détail fâchant, le garde-boue arrière minimaliste laisse remonter l'eau dans le dos du pilote ! En duo, le passager profite d'une assise également confortable, en revanche la position des repose-pieds oblige à beaucoup replier les jambes. Au moment de béquiller, il faudra se méfier de la proximité de l'ergot de béquille et du sélecteur. Côté instrumentation, la lecture du fond de compteur requiert une certaine habitude à cause des graduations numériques tous les 30 km/h. L'ordinateur de bord regorge d'infos, avec même un menu à la sauce téléphone GSM, paradoxalement à l'absence de jauge à essence et de compte-tours. Enfin on apprécie l'excellente lecture dans les rétroviseurs.
Du caractère, mais que du bon Malgré l'injection, le V2 réclame d'augmenter le régime du ralenti (commande au guidon) lors des démarrages à froid. La sonorité des deux grosses gamelles délivre tout de suite un ronronnement fauve et fort agréable . Les oscillations latérales lié au couple de renversement (moteur transversal) donnent vie à la Bellagio sans pour autant générer des vibrations désagréables, bien au contraire. L'embrayage hydraulique est ferme mais pas contraignant. La bonne surprise vient de la boîte, particulièrement à la montée des rapports. Elle se montre souple et verrouille chaque rapport avec fermeté. La Bellagio est clairement une moto à caractère et particulièrement saine à conduire. On se laisse très vite envoûté par son V2 très vivant, dont le couple arrive de manière progressive en bas, puis s'intensifie nettement à mi-régime. L'accélération se renforce, le chant des silencieux se fait plus rauque et la pression du vent plus marquée. Le twin italien ne rechigne pas non plus à allonger sa foulée et s'y montre même très rageur jusqu'au rupteur. En d'autres termes, ce moteur qui ne tend pas à la linéarité, permet d'enrouler à bas régime tout en conservant un couple sympa, mais également d'apprécier sa grande force de traction en haut de la plage d'utilisation. La boîte est d'ailleurs bien étagée, sauf la 6ème qui semble un peu longue et qui fait finalement plus office d'overdrive pour une consommation réduite sur voie rapide. Un trait qui implique un rétrogradage en 5ème pour relancer avec force la machine dans ce cas de figure. Or sur les autres rapports le gros couple anime avec vigueur Miss Bellagio, comme en 4ème à 90 où elle fait gentiment patiner son pneu sous la pluie. La souplesse n'est pas en reste, permettant de passer les ronds-points en 3ème sans le moindre soubresaut. Même le cardan sait se faire oublier, ne transmettant pas trop d'à coups.
S'adapter à la machine, et pas l'inverse Son comportement va de pair avec son caractère moteur. La Guzzi n'aime pas être violentée, notamment à cause de son embonpoint et de son empattement important. Mais ce poids reste tout fois très bien réparti, distillant un comportement sain et bien équilibré. Elle se mène donc au doigt et à l'oeil en utilisation «cruising» . En ville, son train avant un peu lourd à très basse vitesse ne lui facilite pas les choses dans le trafic dense. Pourtant, dès que l'horizon se dégage elle accepte la mise sur l'angle sans résistance, enchaînant les enfilades de virages avec vélocité et sans surprendre son hôte. D'ailleurs une fois sur l'angle, elle affiche une stabilité rassurante, sans chercher à se relever d'elle-même. Malgré son look «low rider», la garde au sol est suffisante à prendre de beaux angles sans être rappelé à l'ordre par le frottement des cale-pieds. Les suspensions travaillent efficacement pour offrir un bon compromis entre confort et rigueur. Les plus sportifs profiteront des réglages accessibles pour la durcir un peu et la stabiliser davantage en virage. L'efficacité du freinage nous a en revanche un peu déçus. Le mordant à l'avant est peu probant et il faut tirer fort sur les leviers pour obtenir de la puissance. L'élément arrière est plus efficace à l'usage, mais il faudra juste le solliciter du bout des orteils par temps humide pour ne pas bloquer la roue.
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Voir aussi : tous les essais motos Moto-Guzzi
Publié le 26 nov 08 − Julien Van Kiem - photos Mecamix - 3 pages
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