Essai Yamaha XJR 1300
09/08/11 La Yamaha XJR 1300 fait toujours vibrer la fibre d'un certain nombre de nostalgiques puisqu'elle est la dernière représentante d'une époque où le mot roadster n'existait pas encore, où on ne cherchait ni protection ni performance sur ce genre de machines, mais où le principal attrait d'une «
basique» était la simplicité et avec pourquoi pas, un gros moteur gorgé de couple. Loin de la course à l'armement des principaux roadsters modernes, la XJR a évolué pour se mettre en conformité avec les normes tout en sachant rester simple pour conserver le secret de sa recette. La
GSX 1400 ayant disparue du catalogue et la
CB 1300 n'existant plus qu'en version S c'est-à-dire avec une tête de fourche, la Yamaha est la seule rescapée d'une ère révolue à l'image de son 4 cylindres en ligne à refroidissement par air. Si l'injection s'occupe de l'admission depuis quelques années, cela semble être la seule adaptation aux temps modernes qu'ait fait cette moto. 4 cylindres, 4 temps, 4 soupapes par cylindre, double arbre à cames en tête et refroidissement par air, des valeurs sûres pour les uns ou dépassées pour d'autres, quoi qu'il en soit cette XJR suscite toujours de l'intérêt voire de l'émotion malgré ses modestes 98ch et 11.1mkg pour une cylindrée de 1300cm3.
Avec un couple et une puissance maxi à 6000 et 8000tr/min, c'est-à-dire 1500tr/min avant la zone rouge, on pourrait s'attendre à devoir rester à assez hauts régimes malgré cette cylindrée importante.
En fait, il n'en est rien même si bien évidemment, la machine passe très nettement un cap à l'approche du couple maximal en tractant fortement sans jamais sembler faillir à la tâche... c'est bon mais le plus agréable est certainement le mode d'emploi de ce 4 cylindres coupleux. Sur le dernier rapport, on roule de 40 à plus de 200km/h sans jamais être obligé de jouer avec le sélecteur. A bas régimes, c'est tout de même mieux d'en tomber un voire deux, pour des reprises plus convaincantes mais rien d'obligatoire si on opte pour une conduite coulée et en douceur qui n'est pas incompatible avec une certaine vélocité. Passé la moitié de la course de l'aiguille du compte-tours, tout s'accélère sans jamais sembler faiblir mais toujours sans violence, de façon très régulière sans aucun soubresaut. Le truc sympa est d'exploiter toute la disponibilité de ce moteur en 6ème de 40km/h jusqu'à la vitesse maximale si on ne coupe pas... En prenant l'habitude de rouler sur le couple sans trop aller titiller la zone rouge, on arrive même à faire tomber la consommation autour des 6 litres aux 100km avec une vitesse moyenne tout à fait satisfaisante.
Ces caractéristiques d'élasticité et de souplesse moteur n'en font pas un roadster atone pour autant même si on est bien loin des performances des 1000 actuels plus proches d'une sportive dépouillée que d'autre chose. Avec sa poigne de fer dans un gant de velours, notre XJR propose une balade à bon rythme ou simplement porté par ses envies bucoliques là où d'autres sont ennuyeuses si on n'attaque pas en permanence. L'écart avec les roadsters sportifs actuels n'est pas tant dans le moteur que dans la partie cycle de cette Yamaha. Le cadre double berceau en acier, la fourche télescopique classique et les deux amortisseurs Ohlins apportent ce qu'on avait auparavant sur la XJR SP face à la XJR standard qui n'est plus disponible. L'ensemble est homogène mais n'apprécie guère d'être malmené tout comme les freins puissants à l'avant comme à l'arrière mais sans attaque franche. C'est particulièrement sensible sur un revêtement bosselé et dans les courbes rapides où la conduite réclame de l'attention surtout avec un guidon pas si large que ça, et un manque d'appui dessus comme sur les repose-pieds. En revanche, à l'image de la large selle, la position est confortable sur un long trajet et permet sans encombre d'imprimer un rythme un peu élevé comme de flâner au coeur d'une vieille ville le nez en l'air sans prêter attention à sa conduite. Sa facilité de prise en main et la douceur de son 4 cylindres offrent une excellente maniabilité à cette Yamaha. Une machine à balade donc ? Si on fait abstraction de la protection, sans aucun doute, elle l'est. Ce tableau tout rose pour l'amateur de balades champêtres et de conso raisonnable, est toutefois un peu terni par la jauge de carburant à la vitesse de descente exponentielle, le témoin de réserve illisible ou encore la béquille centrale pas simple à utiliser avec peu de prise pour la main à l'arrière de la moto. En revanche, avec ces technologies éprouvés et sa conduite toute en souplesse qui ne devrait pas maltraiter les consommables, la XJR sera surement l'amie de votre banquier au fil des kilomètres.
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Yamaha− Essai réalisé par Jean-Michel Lainé.